L’Actu vue par Remaides : « VIH : l’arrêt des financements américains est "catastrophique" »
- Actualité
- 19.03.2025
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Par Jean-François Laforgerie
VIH : l'arrêt des financements américains
est catastrophique
Le monde de la lutte contre le sida et celui de la recherche n’en finissent pas dans le monde entier comme aux États-Unis de ressentir les effets délétères des décisions de Donald Trump et de son administration. La rédaction de Remaides fait le point.
En fin d’article, d’autres infos Monde.
VIH : l'arrêt des financements américains peut mettre à mal des décennies de progrès
Plusieurs centaines de spécialistes du VIH ont demandé aux États-Unis de rétablir ses financements à l’aide internationale. « Des décennies de progrès » seraient en jeu, soulignent ces chercheurs-ses. « À moins de rétablir l’aide américaine contre le sida, son démantèlement va provoquer la mort d’environ six millions de personnes lors des quatre prochaines années », avance ce courrier daté du jeudi 13 mars et adressé au secrétaire d’État américain, Marco Rubio.
« Six millions de décès lors des quatre prochaines années »
« On reviendra sur des décennies de progrès et le monde fera face à une hausse des épidémies liées au VIH », insistent les signataires, qui regroupent des médecins et des chercheurs-ses parmi lesquels-les la virologue Françoise Barré-Sinoussi, prix Nobel de médecine en 2008 pour la découverte du virus du sida.
Le gouvernement de Donald Trump, qui affiche une volonté sans précédent de réduire la dépense publique depuis le début de son mandat en janvier, a notamment décidé de geler presque tous les programmes de l’agence américaine de développement Usaid, par laquelle transite une large part de l’aide humanitaire mondiale. De nombreuses ONG, ainsi que des personnalités du monde de la santé, estiment que l’arrêt de ces financements va lourdement affecter la lutte contre plusieurs maladies comme la tuberculose, la malaria et, donc, les infections au VIH. Ces inquiétudes s’inscrivent dans un contexte où les infections au VIH, ainsi que les décès qui en résultent, sont globalement en train de reculer dans le monde, même si leur évolution varie selon les régions.
Des milliers de postes de chercheurs-ses supprimés
Selon les signataires de la lettre adressée à Marco Rubio, le gel des financements a « pratiquement réduit à néant » le programme Pepfar, destiné à lutter contre le VIH, et qui, selon eux, a sauvé environ 26 millions de vies depuis une vingtaine d’années. Faute de fonds disponibles, de nombreux essais cliniques sont aussi suspendus dans le monde, « laissant en plan leurs participants », selon la lettre. Ses auteurs-rices pointent également un effet délétère sur des organismes de recherche, privés de financements et de personnel. Ces décisions budgétaires sont actuellement contestées en justice aux États-Unis. Mais, même si elles devaient être annulées, « on ne pourra pas revenir sur les souffrances et les décès qui sont d’ores et déjà en train de se produire », juge la lettre.
La nomination du candidat de Trump à la tête des CDC échoue in extremis
Under pressure ! Sous pression y compris de son propre camp, Donald Trump a finalement retiré son candidat pour diriger les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), la principale agence de santé publique américaine. Pour ce poste stratégique, Donald Trump avait choisi David Weldon, médecin de 71 ans et ancien élu républicain de Floride à la Chambre des représentants, qui avait en diverses occasions défrayé la chronique avec des positions antivaccins. Weldon faisait, par exemple, un lien entre vaccination et autisme chez les plus jeunes, une théorie populaire dans les milieux conspirationnistes, issue d'une étude truquée et maintes fois démentie par des résultats d’études scientifiques solides. Cette nomination souhaitée par Trump s’inscrivait dans un contexte particulier : une épidémie de rougeole qui inquiète avec quelque 250 cas dans le sud du pays et deux morts (les premiers cas depuis plus de 10 ans) et le profil du nouveau ministre de la Santé, Robert Kennedy Jr, qui s’est, lui-même, fait le relais à de multiples reprises de fausses informations au sujet de la vaccination, évoquant notamment le danger selon lui du vaccin ROR (rougeole, oreillons et rubéole) dans le développement de cas d'autisme chez les enfants. Cela commençait à faire beaucoup, tant que la controverses à gagner les rangs des républicains. Deux antivax à la tête des deux plus importantes structures de santé du pays… cela commençait à faire trop. C’est un petit tournant car jusqu’à présent l'administration Trump avait réussi à obtenir la confirmation au Sénat de quasiment l'ensemble de ses choix.
Recherche médicale : vague de licenciements dans un prestigieuse université
L’université américaine Johns Hopkins, l’une des plus prestigieuses du monde en matière de recherche médicale, a annoncé jeudi 13 mars qu’elle supprimait plus de 2 000 postes à travers le monde en raison de coupes budgétaires drastiques décidées par
le gouvernement Trump. Dans un communiqué transmis à l’AFP, l’établissement a dit supprimer 1 975 postes à l’étranger et 247 autres aux États-Unis après avoir perdu 800 millions de dollars de subventions fédérales. Depuis son retour au pouvoir, Donald Trump a annoncé des coupes drastiques dans le budget de l’État fédéral, avec notamment la fin de nombreux programmes de l’Agence américaine pour le développement (Usaid), faisant craindre des impacts majeurs dans le secteur de la recherche scientifique. Cette agence fédérale finançait notamment des programmes de recherches sur le sida ou d’autres maladies infectieuses à travers le monde. Les suppressions de postes sont directement liées à la perte « de plus de 800 millions de dollars de financements de l’Usaid », a précisé l’université dans son communiqué. Elles devraient affecter des travaux menés tant aux États-Unis qu’à travers le monde. Ces suppressions concernent plusieurs entités de Johns Hopkins menant des recherches et programmes pour « soigner les mères et les nourrissons, lutter contre les maladies » ou encore « fournir de l’eau potable », a fait savoir l’université.
Un juge américain ordonne de réintégrer des fonctionnaires limogés-es par l'administration Trump
Bras de fer. Un tribunal fédéral a ordonné jeudi 13 mars à six ministères américains de réintégrer des milliers de fonctionnaires limogés-es par l’administration Trump, rapportent plusieurs médias américains. Le juge William Alsup avait déjà ordonné le 27 février l’annulation des licenciements massifs de fonctionnaires en période d’essai, recrutés-es ou promus-es récemment.
Statuant le 13 mars à l’audience dans un tribunal fédéral de San Francisco, ce juge a affirmé que justifier ces licenciements massifs par de « mauvaises performances » constituait « un prétexte afin de contourner les obligations légales » en la matière. Ces licenciements, contestés en justice par des syndicats et des associations, ont touché des dizaines de milliers de personnes, car même après une longue carrière au service de l’État, un-e fonctionnaire qui occupe un nouveau poste depuis un an ou deux est considéré-e comme étant en période d’essai.
Les universités réfléchissent à l'accueil de chercheurs-es américains-es
Solidarité. Le gouvernement français a demandé aux acteurs-rices de la recherche de réfléchir aux dispositifs à mettre en place pour accueillir les scientifiques qui quitteraient prochainement les États-Unis en raison de politiques menées par Donald Trump, a appris l’AFP, dimanche 9 mars. « De nombreux chercheurs reconnus s’interrogent déjà sur leur avenir aux États-Unis », écrit le ministre chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Philippe Baptiste, dans un courrier adressé à l’Agence nationale de la recherche, aux organismes nationaux de recherche (CNRS, Inserm, etc.) et aux universités. « Nous souhaiterons naturellement accueillir un certain nombre d’entre eux ». Le ministre a demandé aux responsables de ces organismes de lui faire parvenir leur « réflexions, alertes, analyses et propositions concrètes en la matière, tant sur les technologies et champs scientifiques prioritaires que sur les dispositifs eux-mêmes à mobiliser ou à mettre en place ». Depuis son retour à la Maison Blanche, Donald Trump a multiplié les annonces chocs, entre coupes brutales dans les financements publics de la recherche, retrait de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ou encore licenciement de milliers d’employés-es des agences fédérales chargés des sciences du climat ou de la santé. Ces réductions de moyens sont largement dénoncées dans le monde de la recherche. Les scientifiques ont notamment manifesté vendredi 7 mars à travers les États-Unis pour dénoncer cette politique, et des actions ont aussi été organisées ailleurs, comme en France. En France, Aix-Marseille Université a déjà annoncé qu’elle mettait en place un programme dédié à l’accueil des chercheurs-ses américains-es, notamment ceux-celles qui travaillent sur des sujets comme le climat. Dans une interview à la Tribune dimanche, la directrice générale de l’institut Pasteur Yasmine Belkaid, elle-même ancienne chercheuse en immunologie aux États-Unis, indique recevoir « quotidiennement des demandes » de postes de scientifiques français ou européens aujourd’hui outre-Atlantique, « ou même d’Américains ». « On peut appeler ça une triste opportunité, mais c’est une opportunité quand même » pour la recherche française, indique-t-elle. « Il est temps de se positionner comme des acteurs centraux de cet écosystème de la recherche, nécessaire pour notre souveraineté économique », ajoute-t-elle.
En bref, d'autres infos Monde.
Sondage : une majorité de Français-es, d'Allemands-es et de Britanniques estiment que Trum est un "dictateur"
Signe des temps. Plus de la moitié des Français-es, des Allemands-es (59 %), et des Britanniques (56 %) qualifient Donald Trump de « dictateur », opinion partagée par 47 % des sondés-es en Pologne, alors que le président américain tente d’imposer un accord de paix entre Kiev et Moscou, selon un sondage du centre de réflexion Destin commun. Cette enquête d’opinion, publiée dimanche par les journaux Ouest France, Die Welt (Allemagne), Sunday Times (Royaume-Uni) et Rzeczpospolita (Pologne), intervient au moment où l’Ukraine, en grande difficulté sur le front contre les Russes, essuie de vives critiques de Donald Trump et de son administration. Washington a gelé son aide militaire et son apport en renseignement à Kiev. Les Européens-nes se mobilisent en retour pour compenser la chute de l’assistance américaine et mettre en place une défense continentale crédible. Un quart des Français-ses seulement considèrent encore les États-Unis comme alliés, et plus de la moitié (57 %) « semblent en difficulté pour qualifier la relation, hésitant à acter un potentiel retournement d’alliance ». Près de huit Français-es sur dix (76%) se déclarent inquiets-ètes ou très inquiets-ètes « d’une extension du conflit en Europe dans les prochaines années ». Polonais-es et Britanniques sont par ailleurs 66 % à vouloir continuer de soutenir l’Ukraine, même sans le soutien des États-Unis.
En France, ils-elles sont 57 % et en Allemagne 54 %.
Sondage en ligne effectué en France, Pologne, Allemagne et Royaume-Uni sur la base de plus d’un millier de personnes dans chaque pays selon la méthode des quotas (sexe, âge, profession, niveau de diplôme et région).
Drogues : l'ex-président philippin Rodrigo Duterte arrêté pour crime contre l'humanité
Boomerang. L’ancien président des Philippines, Rodrigo Duterte, a été arrêté mardi 11 mars à l’aéroport de Manille en application d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) qui le soupçonne de crime contre l’humanité pour sa guerre meurtrière contre les stupéfiants et les trafiquants-es. Les organisations de défense des droits humains estiment que des dizaines de milliers de personnes, pour la plupart des hommes pauvres, ont été tués par des policiers et des groupes d’autodéfense, souvent sans qu’il soit prouvé qu’ils étaient liés à la drogue. La CPI a ouvert une enquête sur cette campagne lancée en 2016, susceptible, selon elle, de constituer un crime contre l’humanité. « Tôt ce matin, Interpol Manille a reçu la copie officielle d’un mandat d’arrêt émis par la CPI », a annoncé la présidence dans un communiqué. « Il est actuellement en détention ». L’ex-dirigeant (2016-2022), âgé de 79 ans, revenait d’un bref voyage à Hong Kong et venait d’atterrir à l’aéroport international quand il a été arrêté. Les Philippines ont quitté la CPI en 2019 selon les ordres de Duterte, mais la Cour basée à La Haye, aux Pays-Bas, a déclaré maintenir sa juridiction en ce qui concerne les meurtres qui se sont passés avant le retrait du pays de la CPI, ainsi que pour les meurtres commis dans la ville de Davao, à l’époque où Duterte y était maire, avant qu’il ne devienne président.
Plus de 6 000 personnes ont été tuées lors des opérations anti-drogue sous la présidence de Rodrigo Duterte, selon les données officielles publiées par les Philippines. Les procureurs de la CPI estiment de leur côté que le nombre de morts se situerait plutôt entre 12 000 et 30 000. L’ancien président reste extrêmement populaire aux Philippines où nombreux-ses sont ceux-celles qui ont soutenu ses solutions expéditives à la criminalité. Un groupe de soutien aux mères des personnes tuées dans le cadre de cette répression ultraviolente antidrogue a, lui, qualifié l’arrestation de « développement très positif ». « Les mères dont les maris et les enfants ont été tués à cause de la guerre contre la drogue sont très heureuses car elles attendaient cela depuis très longtemps », a déclaré à l’AFP Rubilyn Litao, coordinatrice de l’association Rise Up for Life and for Rights. Se définissant lui-même comme un tueur, Rodrigo Duterte avait demandé, sous sa mandature, aux forces de police de tirer mortellement sur les personnes soupçonnées de trafic de stupéfiants, si leur vie était en danger. Il prétend aujourd’hui que la répression a permis de sauver des familles et d’éviter que les Philippines ne se transforment en un « État narco-politique ».