L’Actu vue par Remaides : « Madagascar : l’Onusida appelle à la solidarité mondiale pour renforcer la riposte au VIH »
- Actualité
- 01.11.2024
© DR
Par Jean-François Laforgerie et Fred Lebreton
Madagascar : l'Onusida appelle à la solidarité mondiale pour renforcer la riposte au VIH
À Madagascar, l’Onusida appelle à la solidarité mondiale pour renforcer la riposte au VIH, alors que le pays une augmentation rapide du nombre de nouvelles infections à VIH. Dans un contexte électoral tendu, Joe Biden a récemment annoncé qu’il avait décidé de rendre gratuits des contraceptifs en vente libre. En Grande-Bretagne, le Parlement britannique s’est saisi d’un texte sur l’aide à mourir, tandis qu’en France des ONG s’inquiètent de la baisse de l’aide au développement engagée par la France. L’ONG Oxfam dénonce même l’« hypocrisie » de la France. La rédaction de Remaides fait le point sur ce qui se passe dans le monde, côté VIH et des droits fondamentaux.
L'Onusida appelle à la solidarité mondiale pour renforcer la riposte au VIH à Madagascar
« Madagascar connaît une augmentation rapide du nombre de nouvelles infections à VIH dans les communautés, ce qui contraste fortement avec la tendance régionale à la baisse des nouvelles infections à VIH », a indiqué Winnie Byanyima, directrice exécutive de l'Onusida, lors d’un déplacement dans le pays, mi-octobre. « La pandémie à Madagascar est due à des lacunes dans la prévention du VIH et à des inégalités flagrantes auxquelles il faut remédier de toute urgence », a-t-elle asséné. En 2023, on estimait à 76 000 le nombre de personnes vivant avec le VIH à Madagascar et à environ 3 100 le nombre de personnes décédées des suites du sida. Mais, les « lacunes dans la collecte des données et la faiblesse des systèmes de surveillance rendent difficile l'estimation de l'ampleur de la pandémie. Par ailleurs, les ruptures de stock de kits de dépistage du VIH et l'accès limité aux centres de dépistage entravent encore davantage la collecte de données précises dans les communautés, constate l’instance onusienne.
Dans le pays, la majorité des personnes vivant avec le VIH n'ont pas accès au traitement. Seuls 22 % des 76 000 personnes vivant avec le VIH à Madagascar, selon les estimations, y avaient accès en 2023. Dans certaines zones, on trouve des taux de prévalence du VIH en milieu urbain allant de 3 % à 18 % au sein de la population. Madagascar est l'un des pays les plus inégalitaires au monde, un facteur qui favorise les nouvelles infections par le VIH. En 2023, la Banque mondiale a estimé le taux de pauvreté du pays à 62,6 %. Madagascar a été frappé par des catastrophes naturelles cycliques, notamment la sécheresse dans le sud et les cyclones, ce qui rend difficile le rétablissement du pays et la mise en place d'une riposte efficace au VIH, souligne l’Onusida. Pour Winnie Byanyima :
« Madagascar peut intensifier sa riposte au VIH, mais le pays a besoin d'urgence d'un soutien technique et financier de la part de la communauté internationale pour s'assurer que les produits de prévention du VIH, notamment les préservatifs, les kits de dépistage et les traitements antirétroviraux, soient disponibles pour tous ceux qui en ont besoin ».
Joe Biden prévoit de rendre gratuits des contraceptifs en vente libre
Joe Biden a annoncé lundi 21 octobre son intention d’obliger les assurances santé américaines à rembourser davantage de produits contraceptifs accessibles sans ordonnance. « Cette nouvelle mesure contribuerait à garantir que des millions de femmes bénéficiant d’une assurance maladie privée puissent accéder à la contraception gratuite dont elles ont besoin », a déclaré le président américain dans un communiqué. La loi exige que la plupart des régimes d’assurance santé couvrent gratuitement la contraception, mais elle leur permet aussi d’exiger une ordonnance. La proposition étendrait le remboursement aux produits en vente libre. Cela inclut les contraceptifs d’urgence, mais aussi une pilule contraceptive, Opill, la première accessible sans ordonnance. Cela devrait bénéficier à 52 millions de femmes, a déclaré la Maison Blanche. « Aujourd’hui, notre administration propose la plus grande extension de la couverture contraceptive depuis plus d’une décennie », a déclaré la vice-présidente et candidate démocrate à la présidentielle, Kamala Harris, dans un communiqué. Cette annonce a été faite à deux semaines d’une élection présidentielle où le droit à l’avortement demeure un enjeu important.
Le Parlement britannique est saisi d'un texte sur l'aide à mourir
Une proposition de loi en vue d’une légalisation de l’aide à mourir a été déposée, mi-octobre, à la Chambre des Communes britannique. Elle devrait être débattue fin novembre, près de dix ans après une tentative qui avait été largement rejetée, rappelle l’AFP.
Avant d’arriver au pouvoir cet été, le Premier ministre travailliste Keir Starmer s’était engagé à permettre au Parlement de se prononcer sur l’aide à mourir. Le précédent vote à la chambre basse remonte à 2015. Le suicide assisté ou assistance au suicide — qui consiste à fournir à une personne une substance létale afin qu’elle mette fin à ses jours — est illégal en Angleterre, au Pays de Galles et en Irlande du Nord. Il fait encourir une peine de 14 ans de prison en cas d’aide ou d’incitation. En Écosse, il n’est pas criminalisé en tant que tel, mais une personne aidant quelqu’un à mourir peut être poursuivie pour homicide volontaire. L’euthanasie est interdite au Royaume-Uni. Elle y est considérée comme un meurtre ou un assassinat. Le contenu de la proposition de loi présentée par la députée travailliste Kim Leadbeater n’est pas encore connu. Son examen aura lieu le 29 novembre, au cours de la session hebdomadaire dédiée aux textes législatifs à l’initiative des élus-es. Comme dans d’autres pays où la légalisation d’une aide médicale à mourir a été débattue, le sujet est délicat au Royaume-Uni, entre les soutiens au suicide assisté qui défendent un droit à « mourir dignement » et leurs opposants-es qui craignent d’éventuelles dérives. « Je crois fermement que nous devrions donner aux personnes confrontées à une fin de vie insupportable le choix de ce à quoi ressemblera leur fin », a défendu la députée Kim Leadbeater dans une tribune parue début octobre dans le Guardian. Elle estime que la loi actuelle, qui « n’a pas changé depuis plus de 60 ans », peut s’avérer « cruelle et injuste ».
Le Premier ministre Keir Starmer a précisé qu’il n’y aurait pas de consignes de vote sur ce texte. Plusieurs sondages ont montré que les Britanniques étaient majoritairement favorables à une modification de la loi. Selon le dernier en date, réalisé par le King’s College de Londres et publié début octobre, 63 % des personnes interrogées soutiennent une légalisation de l’aide médicale à mourir d’ici à cinq ans. « Cela donnerait aux personnes mourantes un véritable choix sur la manière dont elles veulent mourir », argumente Sarah Wootton, la présidente de Dignity in Dying, qui milite pour le suicide assisté.
La lutte contre la pauvreté dans le monde ne progresse plus
La lutte contre la pauvreté dans le monde ne montre plus de signe de progrès depuis plusieurs années et la proportion des personnes sous le seuil de pauvreté reste équivalent à ce qu’il était en 1990, a relevé mardi 15 octobre la Banque mondiale (BM). Selon le rapport annuel sur la pauvreté et la prospérité de l’institution, 44 % de la population mondiale vit avec moins de 6,85 dollars par jour, ce qui est considérée comme le seuil de pauvreté dans les pays émergents. Plus encore, près de 700 millions de personnes, soit 8,5 % de la population, vit avec moins de 2,15 dollars par jour, soit le seuil d’extrême pauvreté, un taux qui devrait baisser à 7,3 % d’ici à 2030, espère la Banque.
« Après plusieurs décennies de progrès, le monde fait face à de sérieux retards en matière de lutte contre la pauvreté, conséquence d’une convergence entre ralentissement économique, dette élevée, conflits, chocs climatiques et la pandémie » de Covid-19, a détaillé le directeur général de la BM, Axel van Trotsenburg, cité dans le communiqué, repris par l’AFP. La pandémie de Covid-19, en particulier, a porté un coup sérieux à la réduction de la pauvreté dans le monde, observe le rapport, alors qu’un certain nombre de pays en développement n’ont pas retrouvé leur niveau de PIB par habitant antérieur à la pandémie. « Nous rejoignons l’analyse de la Banque mondiale soulignant que les gens ordinaires partout dans le monde sont confrontés à une décennie perdue, qui va laisser des traces sur toute une génération », a réagi dans un communiqué Max Lawson, responsable des politiques inégalitaires chez Oxfam.
Par ailleurs, malgré une réduction des très fortes inégalités de revenus dans le monde, 20% de la population mondiale y reste confrontée, tout particulièrement en Amérique latine et en Afrique sub-saharienne. « Le 1% le plus riche a capté plus de richesse que 95 % de la population, il ne faut pas chercher bien loin pourquoi il faudra plus d’un siècle pour mettre fin à la pauvreté. La réduction radicale des inégalités doit être la priorité de la Banque mondiale », a insisté Max Lawson. La Banque mondiale estime en effet qu’au rythme actuel, il faudra un siècle pour faire disparaître la pauvreté dans la moitié du monde.
Aide au développement : l'ONG Oxfam dénonce "l'hypocrisie" de la france
L’ONG Oxfam a dénoncé jeudi 3 octobre l’« hypocrisie » de la France sur sa politique d’aide au développement. Une politique qui serait entravée par des coupes budgétaires. Au moins une cinquantaine de chefs-fes d’État et de gouvernement ont participé vendredi 4 et samedi 5 octobre au XIXe sommet de la Francophonie, organisé en France pour la première fois depuis 33 ans, a indiqué l’AFP. « Emmanuel Macron [a réalisé] l’un de ses plus beaux « en même temps » puisqu’il réunit ses homologues à Paris tout en leur retirant des financements essentiels à leur développement », a ironisé Alan Anic, chargé de campagne et plaidoyer solidarités Internationales au sein de l’ONG, cité dans un communiqué. L’aide publique au développement (APD) de la France à destination des pays pauvres a reculé en 2023 par rapport à l’année précédente, à 15,4 milliards d’euros, ce qui représente 0,5 % du Revenu national brut (RNB) selon les statistiques de l’OCDE. La France est encore loin de l’objectif des Nations Unies visant à faire reverser par chaque pays développé 0,7% par an de son RNB, bien qu’elle se soit engagée dans une loi d’août 2021 à reverser ce pourcentage chaque année à partir de 2025. Cet objectif ne semble plus atteignable dans le contexte budgétaire actuel. En effet, de nouvelles coupes ont été annoncées pour tenter de réduire le déficit public, attendu au-delà de 6 % du PIB en 2024. « Au vu des premiers documents du projet de loi de finances 2025, ce texte enterrera sûrement tous les efforts faits par la France sur la solidarité internationale depuis 2017 puisqu’il prévoit une baisse de l’APD d’1,3 milliards d’euros », écrit Oxfam dans son communiqué. « Ce recul intervient alors que 70 millions de francophones, soit l’équivalent de la population française, ont besoin aujourd’hui d’une aide humanitaire d’urgence », ajoute l’ONG, citant des pays comme le Sénégal, le Burkina Faso, le Mali et la République démocratique du Congo. « La France semble rester apathique » face à la détérioration des conditions de vie dans les pays pauvres, affirme aussi Oxfam, affirmant qu’elle « n’a apporté que 1,7 % des financements humanitaires dont les pays francophones avaient besoin pour faire face à leur crise » en 2023.