L’Actu vue par Remaides : « Des députés-es alertent sur la « montée préoccupante » du chemsex »
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- 03.04.2025
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Par Jean-François Laforgerie
Des députés-es alertent sur la "montée préoccupante" du chemsex,
le gouvernement annonce un plan.
Des députés-es, de la plupart des formations politiques, souhaitaient alerter sur « l’inquiétant essor du chemsex ». Pour ce faire, ils-elles comptaient adopter une proposition de résolution pour demander à l’État une « stratégie nationale de prévention ». C’est ce qui a été fait (31 mars) à l’Assemblée nationale. Les députés-es ont approuvé à l’unanimité cette proposition de résolution demandant au gouvernement une « stratégie nationale de prévention » concernant le chemsex. Le gouvernement a réagi à cette initiative parlementaire, AIDES aussi.
Des affaires, dont certaines très médiatisées, comme celle concernant Pierre Palmade, ont contribué ces derniers mois « à faire sortir de l’ombre cette pratique », qui est pourtant ancienne et à propos de laquelle un rapport officiel, confié au Pr Amine Benyamina, avait déjà été remis au gouvernement.
Le rapport estimait que cette pratique concernait, a minima, entre 100 000 et 200 000 personnes en France.
Un sujet trop méconnu
Le chemsex « est encore trop peu connu » des Français-es alors qu’il « s’agit d’un enjeu de santé publique, voire de sécurité », a alerté la députée macroniste Brigitte Liso, à l’initiative de la proposition de résolution débattue et adoptée dans l’hémicycle le 31 mars. « C’est un sujet délicat », explique-t-elle, citée par l’AFP, il parle « à la fois de sexualité ― voire d’homosexualité ― et de drogue », c’est-à-dire de « l’intime et de l’illicite ». Le texte de la proposition de résolution a été signé par 124 parlementaires issus-es de tous les groupes politiques ― exceptés LFI et le RN, ces deux formations politiques n’ont d’ailleurs pas été sollicitées par la députée Brigitte Liso. La résolution réclame à l’exécutif un état des lieux épidémiologique précis et une stratégie de prévention (accompagnement par les associations, campagnes de sensibilisation, formation des professionnels-les de santé, etc.).
Une proposition de résolution non contraignante pour l’État
« La pratique du chemsex s’installe au sein de publics de plus en plus jeunes, venus de tous milieux et de tous les territoires », a indiqué Brigitte Liso, soulignant la facilité avec laquelle il est possible de se procurer les substances et la diffusion de ces pratiques via les applications de rencontre. « Il faut envoyer un signal », a plaidé, de son côté, le député socialiste Arthur Delaporte, cosignataire du texte et co-président du groupe d’étude VIH/Sida à l’Assemblée nationale, un poste précédemment occupé par sa collègue Brigitte Liso. Le sujet de la prise en charge du chemsex est revenu entre les murs du Palais Bourbon en octobre dernier, lors de l’examen du projet de loi de finances. Brigitte Liso avait réussi à faire voter en commission une enveloppe de 300 000 euros pour la prévention du chemsex, mais le gouvernement n’avait pas repris sa disposition dans le texte adopté. Une proposition de résolution n’est pas contraignante pour l’État. Le groupe de La France Insoumise a décidé d’y apporter son soutien. « Il est plus que nécessaire que l’État investisse massivement et rapidement dans un plan de prévention », explique l’élue (FI/NFP) Ségolène Amiot, disant redouter « une vague » à laquelle les pouvoirs publics ne sont pas prêts à répondre, « les services d’addictologie étant déjà saturés ». La députée a alerté sur une expansion de la pratique chez les hétérosexuels-les, qui ne bénéficient pas du maillage associatif de prévention et de réductions des risques tissé par la communauté LGBT+, et alors que l’État a, selon elle, « abandonné » depuis des années les politiques de prévention.
Le gouvernement promet une feuille de route pour lutter contre le chemsex
Le ministre de la Santé et de l’Accès aux soins, Yannick Neuder (LR), a donné « rendez-vous en septembre » aux députés-es pour un « plan chemsex 2025 », lors du débat à l’Assemblée nationale
Remerciant les élus-es d’avoir donné une « nouvelle visibilité » à ce sujet, le ministre a souligné qu’une expérimentation était en cours, qui avait permis la mise en place dans six villes pilotes d’une « offre d’accompagnement en réseau pluridisciplinaire spécifiquement pensée pour les personnes pratiquant le chemsex », qui associe spécialistes de la santé sexuelle, de la santé mentale et addictologues. L’expérimentation doit prendre fin mi-2025, mais elle pourrait être étendue, sous réserve d’une « évaluation définitive positive », a expliqué le ministre.
La dernière loi de financement de la Sécurité sociale a, par ailleurs, permis de pérenniser les « centres de santé et de médiation en santé sexuelle ». « Ces centres ont la capacité de développer des parcours complets de prévention, de réduction des risques et de prise en charge pour les personnes pratiquant le chemsex qui représentent environ 40 % de leur file active », a-t-il expliqué. Les différents-es orateurs-rices ont convergé sur un constat : « le chemsex ne cesse de progresser en France », s’étendant aux hétérosexuels-les, et touchant, au-delà des « milieux parisiens », « nos métropoles, nos villes moyennes, nos communes rurales », comme l’a dit la rapporteure macroniste Brigitte Liso. À l’extrême droite, le député (RN) Frédéric Falcon a estimé nécessaire de parler du sujet « sans jugement », appelant à « renforcer la prévention, l’écoute, l’accès aux soins et proposer des alternatives à ceux qui souffrent », a indiqué l’AFP. Mais son intervention a surtout été l’occasion de faire du hors sujet en parlant de la condamnation de Marine Le Pen pour détournement de fonds publics.
Dans son intervention, le ministre Yannick Neuder a défendu que la « parole puisse se libérer pour sensibiliser le grand public sans jamais stigmatiser ». Du côté LR, le député Jean-Pierre Taite n’a pas semblé partager ce point de vue : « Cette proposition de résolution ne doit (...) pas masquer la responsabilité des consommateurs de drogues. Il n’y a pas de drogues festives ou de drogues douces. La drogue, sous toutes ses formes, est un fléau sanitaire et sociétal que nous devons combattre », a-t-il dit. « Il faut redire dans cet hémicycle que prévenir, ce n’est pas excuser, et je ne peux que déplorer qu’un député pris en flagrant délit de possession de drogue n’ait pas démissionné depuis plus de six mois sans siéger », a-t-il poursuivi, dans une allusion au député LFI Andy Kerbrat. Un tacle qui donne une idée précise du schéma de pensée chez LR concernant l’usage de produits et la prise en charge médicale et préventive.
Dans un message adressé aux militants-es de AIDES, Laurent Passalacqua, administrateur national Chemsex et Politique des drogues et président de AIDES Occitanie, souligne qu’un « pas décisif a été franchi [le 31 mars, ndlr] dans la prise en compte, par l’État, des enjeux liés à la pratique du chemsex, avec le vote à l’unanimité de la proposition de résolution trans-partisane portée à l’Assemblée nationale par la députée Brigitte Liso ». « Depuis plus de trois ans, nous réclamons que l’État sorte de sa vision moraliste et sécuritaire et que les autorités de santé définissent une réelle stratégie d’intervention pragmatique, avec les moyens financiers et humains nécessaires pour permettre l’accueil et l’accompagnement des chemsexeurs à la hauteur des enjeux et des besoins », indique Laurent Passalacqua. Il note que l’adoption de cette résolution est un « premier pas » qui appelle à « une politique nationale de santé publique » ; « des campagnes de sensibilisation du public et un soutien aux intervenants de première ligne » ; « une formation des professionnels et une collaboration avec les sites de rencontre pour sensibiliser les utilisateurs aux risques du chemsex. » Et de conclure : « Nous, ainsi que tous les acteurs impliqués sur la thématique, continuerons à maintenir la pression sur le législateur pour que cette résolution puisse apporter les avancées significatives que les enjeux liés à la pratique du chemsex requièrent. »